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Exploiter ses prépublications ? Quelques pistes !

De tous temps, les chercheurs ont produit et produisent encore de nombreuses contributions scientifiques dont certaines sont destinées à être publiés dans la foulée tandis que d’autres non. Aujourd’hui, les prépublications font l’objet d’un nouvel intérêt dans la perspective d’une science plus ouverte. Leur nature particulière permet notamment une nouvelle exploitation au service de la communauté scientifique.

Une définition préalablement utile

Avant même de vous donner quelques pistes pour exploiter plus largement vos prépublications, définissons ce type de document. Nous parlerons de prépublication (preprint) pour désigner le texte produit par un ou plusieurs chercheurs avant que celui-ci n’ait été validé par un comité de rédaction et/ou revu par un comité de lecture (Peer-review). Il s’agit donc souvent d’une version non définitive d’une publication de recherche avant une éventuelle (non obligatoire) parution officielle. A contrario, on parlera de version postpublication (postprint) pour les textes qui ont été validés par les pairs et de version éditeur (published version), pour, le texte tel que publié et mis en forme par l’éditeur dans une revue, un livre ou une collection.

Vidéo didactique sur la définition du preprint


Quelques avantages de la prépublication

La prépublication est une ressource documentaire très intéressante à exploiter notamment grâce à ses caractéristiques particulières en tant que production scientifique. Tout d’abord, une prépublication n’est pas soumise ou bien dans une moindre mesure aux nombreuses restrictions de diffusion qui s’appliquent traditionnellement aux publications scientifiques (Copyright).  Par conséquent, la prépublication bénéficie d’une meilleure visibilité et d’une diffusion optimale (délais de publication inexistants). De plus, l'accessibilité souvent libre de ce contenu permet également une exploitation informatique (robots) plus aisée des textes mis à disposition.

Contrairement à ce qu’on pense, les preprints ne doivent pas systématiquement être considérées comme du contenu de moindre valeur d’un point de vue scientifique. Les prépublications possèdent une certaine importance pour la communauté scientifique au même titre que par exemple les contenus échangés lors d’évènements scientifiques (conférences, colloques, journées d’étude, ...). Il est d’ailleurs fréquent que les preprints soient cités dans des articles publiés. Ce qui engage donc la réputation de son auteur et par conséquent le sérieux scientifique de ses preprints.

Enfin, il est important pour le jeune chercheur de savoir que les preprints peuvent être pris en considération, à certaines conditions, pour les demandes de financement ou de promotions tout au long de sa carrière scientifique. 

Le dépôt en archives ouvertes

Dans la pratique, ce sont les archives ouvertes (institutionnelles ou thématiques) qui vont accueillir les prépublications. À l’UCL, vous avez la possibilité de déposer les différentes versions de votre publication au fur et à mesure des étapes éditoriales dans le dépôt DIAL.pr. Chaque version déposée pourra d’ailleurs faire l’objet d’un droit d’accès différent si cela était nécessaire (libre, restreint, avec embargo ou interdit).

Pour certaines disciplines, il existe également des archives ouvertes thématiques dédicacées à l’archivage des prépublications et à leur dissémination sur le web. Ci-dessous, vous trouverez quelques exemples d’archives disciplinaires :

  • ArXiv

C’est certainement le plus connu mais aussi un pionnier au niveau des archives ouvertes thématiques dans les domaines de la physique, les mathématiques ou encore l’informatique. Cette archive mondiale, gérée par l’Université de Cornell, conserve plus d’un million de prépublications depuis le début des années 90’. (Lien vers ArXiv)

  • SSRN

Social Science Research Network est certainement le plus ancien et le plus connu des dépôts thématiques en accès libre pour les sciences humaines. Lancé en 1994, il comporte aujourd’hui près de 750.000 publications (majoritairement des prépublications) dans près de 30 disciplines différentes (droit, anthropologie, économie, philosophie, littérature, ...). Depuis mi-2016, SSRN a malheureusement perdu son ‘indépendance scientifique’ suite à son rachat par le géant commercial Elsevier. Suite à ce rachat, de nombreuses critiques ont été émises par la communauté scientifique en accusant Elsevier de vouloir maîtriser une concentration verticale de la production à la publication d'articles scientifiques. (Lien vers SSRN)

  • SocArXiv

Lancée à la fin de l’année 2016, SocArXiv peut être considérée comme une alternative face au rachat de SSRN par Elsevier 

la même année. Cette archive entièrement ouverte et dédiée à la production de publications en sciences sociales est gérée par l’université du Maryland. SocArXiv, tout comme les autres archives décrites ci-dessous a été lancée à partir de la plateforme OSF (Open Science framework) et en partenariat avec le COS (Center for Open Science). Actuellement, SocArXiv recense un peu moins de 1.500 prépublications de chercheurs du monde entier. (Lien vers SocArXiv

  • PsyArXiv

PsyArXiv, tout comme SocArXiv, peut être considéré comme une extension d’ArXiv pour le domaine de la psychologie. La plateforme, lancée en septembre 2016, utilise la même technologie que ses consœurs et recense aujourd’hui un peu moins de 700 textes en sciences psychologiques. (Lien vers PsyArXiv)

  • D’autres projets plus récents issus de l’initiative ‘OSF Preprints’ et toujours en mode Beta sont également en cours de lancement pour les disciplines du droit (LawArXiv), l’agronomie (AgriXiv) ou encore l’engeneering (engrXiv).

Exploiter les prépublications

Aujourd’hui, différentes façons de valoriser ses prépublications sont possibles en fonction de ses besoins.

Il y a tout d’abord, les « Épirevues » ; ce modèle, lancé officiellement en 2013, propose de rassembler toutes une série d’articles issus d’archives ouvertes (HAL, ArXiv, CWI, ...) et de les publier dans une revue en libre accès. Seuls les articles non encore publiés peuvent être proposés pour l’édition dans une Épirevue. Toutes les Épirevues sont gérées et hébergées à partir de la plateforme Épisciences.org. Celle-ci  propose un modèle d’édition dit ‘classique’ comprenant également le peer-reviewing via des Épicomités, c’est-à-dire des comités scientifiques composés d’experts reconnus dans leur discipline. Chaque Épirevues possède son propre site personnalisé mais l’ensemble du contenu reste hébergé dans l’archive ouverte.  Vous trouverez ici l’ensemble des Épirevues déjà existantes.

 

Il est également possible d’éditer ses prépublications dans une revue reprenant une collection d’articles autour d’une thématique bien précise. C’est le cas avec ScienceOpen Collections, qui collecte un ensemble d’articles à partir d’ArXiv  et/ou PubMed Central pour les rassembler dans une collection disciplinaire. Les articles sont également évalués par les pairs et le texte intégral de la publication est hébergé sur la plateforme.

Enfin, nous citerons également le tout récent projet  « Peer community in ... », lancé officiellement au début de l’année 2017. Cette plateforme en ligne et gratuite propose un système de recommandation d’articles (publiés ou non publiés) basé sur le système de peer-review traditionnel. Les articles soumis proviennent pour la plupart d’archives ouvertes ou de revues déjà en libre accès.  Peer community in Evolutionary Biology est la première plateforme lancé début 2017 dans le cadre de ce projet.

Tous ces systèmes permettent notamment aux chercheurs et aux communautés scientifiques de se réapproprier petit à petit les différents processus de publication des travaux de recherche. Nous pouvons donc bien parler d’une prise de conscience des chercheurs par rapport au travail conséquent consacré à l’édition de leurs travaux. D’autant plus que ce travail laborieux est dans bien souvent des cas réalisé à moindre frais pour de grands éditeurs dont les bénéfices extravagants sont eux exclusivement réservés à des actionnaires et investisseurs.